Un doux foyer


Le tissu était raffiné et d’un bleu vif accompagné d’un jaune immaculé.

Quelques détails en dorure se distinguaient sur les bords et l’on pouvait voir ce qui semblaient être de nobles personnages reproduits avec une grande précision.

L’artisan devait avoir passé des dizaines, peut-être même une centaine d’heures à travailler sur cet étendard majestueux qui guidait tel un fanal flottant au vent les troupes du régiment. L’honneur et la gloire de ce dernier avait été somptueusement matérialisé dans cette œuvre.

Des mots brodés en argent y étaient inscrits et Azrol se demanda un bref instant ce qu’ils voulaient bien dire. Il fini néanmoins de nettoyer le sang sur sa hache avec l’étendard avant de le lâcher sur le chemin boueux.

– « Tu ne le garde pas ? » s’empressa de demander Zaris.

– « Qu’est-ce que j’en ferais ? Mon arme est propre maintenant ! »

– « Je peux le prendre ? » s’exclama Zaris, flanqué de son sourire malfaisant.

– « Fait bien ce que tu veux de ce torchon, Gobelin. » lui répondit Azrol.

La frêle et agile créature se jeta sur le tissu comme s’il s’agissait d’un trésor puis rattrapa l’Orc qui ne l’avait pas attendu. Tout en marchant, il accrocha l’étendard autour de sa taille telle une ceinture et ricana de se trouver fort saillant, vêtu de la sorte.

– « Tu as l’air ridicule comme ça… » grommela l’Orc.

– « Les Humains aiment les couleurs vives et moi aussi ! Toutes ces choses qui brillent… » argua le gobelin.

– « Tu va finir faible comme eux à force de vouloir leur ressembler. » le coupa Azrol.


Ils arrivèrent enfin au camp où s’étaient établis les clans. En lisière de forêt, il n’auraient aucun mal à trouver les ressources pour fabriquer leur fortin, leurs cabanes et pour se chauffer.

Le sol était retourné, boueux, de larges espaces truffés de souches s’étendaient partout autour des remparts de fortune du camp.

À l’entrée, les deux gardes dévisagèrent Zaris et son accoutrement en silence tandis que les deux compagnons passaient les portes.

Les allées entre les masures étaient pleines d’activité. Celles-ci résonnaient du martèlement des marteaux des forgerons qui fabriquaient armes et armures pour leur clan ainsi que des cris des Orcs qui riaient aux éclats ou qui se hurlaient dessus pour un quelconque désaccord.

Les deux compagnons continuèrent de remonter l’allée centrale, passant devant les différents emplacement des clans qui s’étaient installés de part et d’autre.

Tout à coup, Azrol percuta quelqu’un, un Orc entièrement caché sous une grande robe de bure d’un mauve sombre et inquiétant. Son visage à moitié dissimulé sous sa capuche, ne laissant entrevoir que sa mâchoire barbue et des yeux luisant de cruauté, Zaris se figea net.

– « Fait attention où tu marches guerrier… » lança le mystérieux Orc d’un air menaçant, tout en poursuivant lentement sa route.

Ce dernier entra dans une large hutte dont la cheminée centrale crachait continuellement un panache de fumée noire. Les étendards mauves qui encadraient l’entrée étaient frappés d’une main noire contenant un œil.

Malgré les braseros et l’après-midi ensoleillée, il semblait régner dans la hutte une noirceur inquiétante et permanente.

On pouvait d’ailleurs y entendre quelques psalmodies chantonnées avec des voix rauques et sinistres, et ce depuis n’importe quel endroit du camp, bien que nul ne sache comment cela étaient possible.

– « Les chamans du clan Ordal me glacent le sang à chaque fois que je les croise… » affirma Zaris d’une voie tremblante.

– « Tout t’effraie de toute façon, Gobelin… » ricana Azrol.

– « Eux tout particulièrement. Ce qu’ils font est sinistre et… »

– « Et rien. » le coupa Azrol. « S’ils t’entendaient, tu pourrais bien être leur prochain sacrifice. »

– « Mais même les autres clans sont mal à l’aise avec eux ici. » argua Zaris.

– « Je sais, mais les esprits leur parlent et on peut rien faire contre ça. » répondit l’Orc, mettant fin au débat.


Ils poursuivirent leur route jusqu’à apercevoir un grand hall devant lequel se trouvaient deux Orcs massifs en armure noire.

À leur coté se tenait une bannière de toile rouge sang, sur laquelle figurait un étrange crâne noir.

Azrol observa la bannière quelques instants tout en continuant son chemin, avant d’être interrompu par une voix qu’il connaissait très bien.

– « Un crâne de Razul. On dit que Nurbla en terrassa un tout seul et à mains nues. Depuis c’est le symbole du clan Rurkal. »

– « C’est quoi un Razul ? » demanda Zaris.

– « Des créatures gigantesques qui arpentaient nos terres d’autrefois. La légende dit qu’il fallait une dizaines de guerriers pour en terrasser un seul. » répondit Azrol avant de se tourner vers la voix qui l’interpelait.

– « Tu t’es bien battu aujourd’hui Orc, ton clan peut être fier de te compter dans ses guerriers. »

– « Merci Rogg. » lui répondit sobrement Azrol.

– « Tu devrais nous rejoindre dans le clan Rurkal, nous avons toujours besoin des plus forts. » lui lança le dénommé Rogg.

– « J’y penserai peut être, fils de Nurbla. » lui rétorqua Azrol, lui répétant ainsi la même réponse à chaque fois que la proposition lui avait été faite.

Azrol repris sa route en direction de sa hutte, laissant Rogg et sa proposition sur place.

– « On va partir dans le clan Rurkal ? » interrogea Zaris.

– « Non Gobelin, je n’en ai pas l’intention. »

– « C’est pas la première fois qu’on te réclame, peut-être qu’il y a une opportunité à prendre… »

– « Mon clan est ma famille, Rurkal est trop rigide pour moi. » lui répondit Azrol.

Arrivés aux portes du territoire occupé par leur clan, un Orc fut projeté à leurs pieds, la mâchoire brisée, des hématomes et du sang plein le visage.

Des cris d’allégresse se firent entendre et soudain, une bagarre éclata. Instinctivement, tous les Peaux-Vertes des alentours se rassemblèrent pour observer le spectacle, formant une arène de spectateurs beuglant de plaisir et encourageant les participants à toujours plus de violence.

– « Rien ne vaut son doux foyer, Gobelin. » lança Azrol avec un sourire.


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