Les faux Dieux


Ce jour là, le ciel était gris.

De ces ciels sans soleil ni nuages, typiques des hivers humides. Pourtant, c’était le début de l’été et les arbres auraient dû être en fleur, mais au lieu de cela ils étaient nus, sombres et lugubres, comme pour porter le deuil de l’horreur qui s’était déroulée à leurs pieds.

Au sommet de cette butte, se tenait il y a encore peu une petite bourgade de plusieurs milliers d’âmes.
Désormais, elle n’était plus que ruines calcinées et cendres virevoltantes.



Tandis qu’il errait telle une âme en peine, il le vit, agenouillé dans la cendre, accablé par le chagrin et la haine.
Cet homme, habituellement d’apparence si noble, fixait sans ciller, le centre de ce qui fût autrefois, la place de Varnolf.

Lahir resta là, à quelques pas de lui, sans dire un mot. Le comte, tout juste héritier, tenait dans sa main un petit foulard en soie rougi par de minuscules tâches carmin, celui-là même que sa mère avait serré contre elle au moment de sa mort.

– “Tu m’as dit que tu pouvais l’imaginer, mais je ne te crois pas…”

Le comte héritier avait murmuré ces paroles, d’une voix sourde tout en redressant la tête, semblant admirer avec tristesse une scène imaginaire.

– “Des cieux j’ai fait pleuvoir le feu. Et avec lui, je leur ai envoyé ce que l’Humanité avait de meilleur et de plus noble.”

Sa voix était basse et sans timbre, l’absence de vent donnant l’impression d’une soudaine proximité. 

– “Des paladins d’Akhal massacrant des innocents… Il n’en reste que de la cendre… faux prophètes… “

L’absence de timbre avait laissé place à la haine et sa voix en devint tremblante de rage.

Il avait sifflé chaque mot avec un mépris qu’il ne dissimulait même plus.

– “Alors que les rivières bouillonnaient, que la terre gorgée de sang brûlait et que le peuple suppliait, ma foi n’en n’est pas morte.”

Lahir regarda son neveu, inquiet, et ce qu’il vit n’était plus un homme recroquevillé par le poids des remords. Mais un être qui s’abandonnait à la haine et à ce qu’il avait de plus sombre en lui.

– “Ce fut une réalisation, le moment où j’ai commencé à croire. “

Etrangement sa voix se fît plus calme, plus froide et dans un souffle, presque un murmure, il conclut.

– “Les dieux sont réels… Et ils nous détestent…”

Suite à ces paroles, il se redressa puis sans même regarder son oncle, Harkon le dépassa et s’en alla.

Seul face aux restes calcinés de la ville qui l’avait vu naître, Lahir comprit qu’il venait d’assister à la mort de son neveu et que l’homme qui venait de se relever n’en portait que les traits.

– “Des flammes tombent du ciel, les Dieux crachent la foudre, des innocents meurent. C’est comme cela que ça commence. De la fureur, de la fièvre, un sentiment d’impuissance, qui rendent les hommes bons… cruels.”

Dans les cendres, à ses pieds, traînait un petit foulard taché par le sang et noirci par la suie.


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