L’ascension


Ses mouvements étaient plus lents qu’à l’accoutumée. Néanmoins, il ressentait sa force au plus profond de son être et bien que se mouvoir demandait des efforts inhabituels, il n’en éprouvait aucune difficulté. En effet, son armure était lourde, plus lourde que la normale et bien qu’elle ne le gênait pas, il la sentait particulièrement pesante sur ses épaules. 

Il leva les yeux vers le ciel pour ne distinguer qu’un noir profond et oppressant tandis que tout autour de lui n’était que silence. Il savait néanmoins que l’agitation qui l’entourait était palpable, bien qu’il ne puisse la voir ni l’entendre. 

Vralak regarda sur ses côtés et vit qu’une phalange de guerriers, armes au poing, prêts à en découdre avec l’ennemi immonde qui les attendait se tenait là. 


L’ordre de départ arriva, tel un rugissement, frappant le cœur et l’esprit, galvanisant l’âme d’un pouvoir si grand que la chair ne put qu’obéir. 

Il se mit alors en marche aux côtés des autres combattants, formant une ligne impénétrable et implacable. Il était plein de confiance, plein d’ardeur et se sentait toujours lent, lourd, ralenti sans que cela ne l’inquiète aucunement.

Cela faisait si longtemps qu’il était dans ce camp que tous savaient provisoire et enfin, ils passaient à l’offensive. Enfin, ils quittaient l’inconfort de ces lieux, bien que l’inconfort ne l’eut jamais vraiment dérangé, étant une notion qui appartenait désormais au passé. 

Durant cette longue et lente avancée vers la gloire, il manqua de trébucher parfois sur le sol irrégulier, celui-ci devenant de plus en plus pentu, comme s’ils marchaient sur les flancs d’une montagne pour en atteindre le sommet.

Cette image lui plut. Les troupes marchaient pour atteindre le sommet. Il était habité par une détermination dévorante et immense et rien ne pourrait le détourner de son objectif, rien ne pourrait le vaincre. Il le savait, il le sentait au fond de lui. 

Puis le ciel devint de plus en plus clair au fur et à mesure de leur ascension, jusqu’à devenir trouble, projetant une lumière vacillante dans un ballet étrange et spectaculaire. Il pensa l’espace d’une seconde avoir atteint le voile qui sépare les vivants de l’au-delà.

Il entendait cependant des voix pestiférer des ordres incompréhensibles. Des voix lointaines et masquées que ses sens ne pouvaient bien percevoir. 

Cependant, leur lente et inexorable avancée continua et ils passèrent à travers ce voile trouble. Ils étaient au sommet de leur montagne.

Vralak aperçut immédiatement l’ennemi, torches aux mains pour s’éclairer dans cette nuit noire. Il était désormais libre, léger, ses mouvements étaient de nouveau fluides et rapides tandis qu’il chargeait aux côtés de ceux qui l’accompagnait.


La bataille faisait rage et dans le combat, une lame vint s’enfoncer par les flancs de son plastron, le transperçant de part en part. Un instant qui sembla durer une éternité se créa lorsqu’il tourna lentement son visage et son regard vers l’immonde créature qui l’avait percé. Il saisit son adversaire, puis lui coupa le bras avec son épée sans prononcer un bruit.

Ce dernier s’écroula au sol, hurlant de douleur sous le regard de Vralak qui restait impassible, insensible à ce qui venait de lui arriver. Il extirpa soudainement l’acier qui était logé dans son corps comme une simple banalité, tout en observant son ennemi, ce monstre ignoble désormais recroquevillé et tremblant à la fois de peur et de douleur. 

Puis il entendit un nouvel ordre claquer et comme un seul corps, tous se rassemblèrent tandis qu’une intense lumière rouge commença à grandir derrière la ligne de combattants qu’ils avaient reformée. Un bruit terrible se fit entendre, comme une montagne qui s’élève du sol. Puis de l’océan qui leur faisait dos, un être terrible sortit de l’océan, émergeant de l’eau tel un esprit vengeur venu asséner le dernier coup à une proie sur le point de succomber. 

Un pas lourd et terrifiant, accompagné des cliquetis d’une armure rongée par la rouille et l’eau salée se fit entendre. Morisar, l’un des champion non-mort des maîtres, un des premiers à avoir reçu le don de l’éternité, un général impitoyable et un guerrier redoutable.

Celui-ci observa les restes du bataillon humain qui peinait à se rassembler, terrorisé par le brutal assaut de leur armée cadavérique. 

Il les pointa de sa lame et hurla d’une voix transcendée par l’énergie nécromantique qui l’animait. Vralak et ses frères morts se jetèrent alors une nouvelle fois sur les troupes démoralisées et blessées tandis que dans sa tête, la voix de Morisar raisonnait d’un ordre simple, froid et cruel :

– « N’en épargnez aucun. »

Tandis que le combat prenait peu à peu la forme d’un véritable massacre, une foule de zombies décérébrés sortirent du rivage, tractant d’immenses constructions qu’ils avaient réalisé en secret depuis des années dans les abîmes. 

L’Empire Eternel se révélait enfin et comptait bien revendiquer sa place de puissance dominante sur ce monde, guidé en cela par des voix implacables dont tous ignoraient le but.


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