La politique des Azehils


Au sein de l’Azelwen, la politique resta sans tumulte pendant des siècles.

En effet, les Azehils ne sont pas une race encline aux complots ou à la perfidie car leur culture privilégie l’érudition, le débat ainsi que l’échange argumenté et logique.

Néanmoins, les événements récents les ont forcé à s’adapter et à modifier brutalement leur politique tant intérieure qu’extérieure.

La guerre était le sujet actuel. Et nul ne pouvait ignorer le sombre futur qu’elle amènerait dans son sillage si l’antique peuple des Azehils n’en ressortait pas vainqueur.

L’Humanité avait été un danger trop longtemps ignoré, une menace trop longtemps tolérée.

La politique génocidaire de leurs dirigeants envers les autres races en faisait inévitablement l’ennemi de demain et leur aveuglement à suivre leurs prétendus dieux et leur église qui fanatisait par villages entiers inquiétait le haut commandement des Azehils.

Ces dieux qui avaient poussé leur civilisation au bord de l’anéantissement jetaient désormais leur dévolu sur les Humains. Et les Azehils connaissaient mieux que quiconque les dangers de la croyance aveugle.


Pire encore, l’arrivée des Peaux-Vertes faisait grandir la puissance militaire de l’Humanité dont le progrès se mesurait à l’aune des conflits dont elle ressortait exsangue mais néanmoins victorieuse.

C’est ainsi que Jykilad, général des armées d’Azelwen et frère d’Eldryan, le régent du royaume, plaça l’ensemble des dirigeants de son peuple face à leurs responsabilités.

Le débat qui en ressorti allait créer un clivage profond au sein des Azehils.

Pendant des jours entiers il tenta de convaincre ses pairs de la nécessité d’une intervention militaire directement au cœur des territoires humains.

Il se basa sur des rapports hautement détaillés présentant la férocité des Peaux-Vertes et sur les massacres qu’ils perpétraient sans distinction, parfois même au sein de leur propre peuple.

Nombreux furent ceux appelés à raconter ce qu’ils avaient constaté de leur propres yeux : L’Humanité était aux prises avec un ennemi dont la puissance dépassait les conflits locaux dans lesquels elle avait l’habitude de s’embourber et de dilapider ses ressources.

Néanmoins les Azehils n’avaient pas connu de conflit depuis de nombreux siècles et une large partie du conseil dirigeant, bouffi d’arrogance, avancèrent que comme les rapports le stipulaient, les Peaux-Vertes n’étaient pas un peuple marin et que jamais ils ne pourraient poser un pied en Azelwen.


Concernant l’Humanité, il fût mis en avant que la coopération s’était jusque là toujours bien passé, si ce n’est quelques malencontreuses erreurs, et que si jamais le Royaume de Deremis souhaitait mener la guerre jusqu’en Azelwen, la diplomatie devrait alors primer sur le conflit armé.

La décision de ne pas intervenir dans ce conflit fut votée, défendue par le régent, Eldryan, qui se refusait à ordonner un bain de sang sans avoir la certitude absolue qu’un véritable danger les menaçaient et qu’il s’agissait de la seul et unique solution restante.

Ce fût pour Jykilad et ceux qui l’accompagnaient dans sa plaidoirie l’insulte de trop.

Ils refusèrent de se plier à cette décision et ne manquèrent pas de le signifier aux plus hautes autorités du conseil, ces derniers les accusant alors de traîtrise et de rébellion.

Presque tous les officiers furent abasourdis d’apprendre que l’armée avait reçu l’ordre de rester en Azelwen. La plupart d’entre eux étaient prêts à partir, menant leurs troupes au combat au nom de leur peuple et pour la victoire.

Ils étaient convaincu du bien fondé de leur cause et devinrent les partisans zélés de leur général dans ce qui allait devenir le plus grand déchirement politique de leur histoire.


Au sein du peuple, la nouvelle se répandit comme une trainée de poudre.

Certains étaient furieux de la décision du régent, accusant le conseil de lâcheté, arguant qu’ils n’étaient pas des guerriers et que leur faiblesse condamnerait leur peuple.

D’autres en revanche, étaient des défenseurs acharnés de leurs dirigeants, rappelant à qui voulait l’entendre que les guerres n’apportaient rien de bon, que la diplomatie avait jusqu’à présent toujours fonctionné et qu’il n’y avait aucune raison que cela change.

A partir de ce moment, les débats cessèrent d’être bienveillants et raisonnés pour devenir agressifs et méprisants. Les Azehils se déchiraient sur le sujet à tel point que personne ne pouvait plus être neutre dans ce conflit, chacun devant choisir sous peine de provoquer la fureur des deux camps.

Les partisans de Jykilad furent surnommés « Drazehils », ce qui signifiait « les belliqueux » dans leur langue.

Loin de se sentir offensés par ce qui était au départ pensé comme une moquerie, les Drazehils adoptèrent ce nom, le brandissant avec fierté, persuadés d’incarner les valeurs et le futur de leur peuple.

Ces derniers commencèrent à se structurer, aidés par l’abondance de militaires dans leurs rangs et petit à petit à gagner leur indépendance vis à vis des instances dirigeantes.

Ils devinrent ainsi de plus en plus retors vis à vis de leurs adversaires politiques, tentant de contrer les multiples attaques venant des organisations et structures dirigeantes officielles.

Les menaces évoluèrent pour devenir des attaques de petite envergure mais néanmoins organisées, comme l’incendie de plusieurs des résidences du régent.

Cependant, plus la répression était forte, plus les Drazehils s’enfonçaient dans la noirceur de ce qu’ils appellent eux-mêmes « la force de la nécessité ».

Ces derniers luttaient pour la préservation de leur race et la sauvegarde de leur avenir et nul ne saurait se mettre en travers de leur chemin.

Qu’il s’agisse d’idéalistes idiots, d’incompétents ou de faibles, ceux qui les combattaient étaient forcément des ennemis, fussent-ils de leur propre peuple.


Face à la menace de plus en plus palpable d’une guerre civile au sein même de l’Azelwen, le régent accepta finalement d’envoyer des troupes sur le continent.

Revenu à la raison ou tout simplement désireux d’éloigner une partie de l’armée pour limiter les risques d’une rébellion, nul ne le sait vraiment. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il est désormais trop tard pour revenir en arrière et refermer la plaie béante qui sépare les Azehils et les Drazehils.


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