La certitude


Ses doigts n’avaient de cesse que d’effleurer cette cicatrice sur son torse. Large. Longue. Mortelle.

Il revoyait en boucle le visage plein de fureur de cet Humain en armure d’argent et drapé d’un long tabard blanc bordé d’or, sa longue lame fondant sur lui avec brutalité.

Il revoyait la lumière vive du soleil qui l’avait ébloui lorsque le choc l’avait renversé dos contre terre.

Il ressentait encore de la douleur et le souvenir de sa mort était vivace comme jamais, une cicatrice plus profonde encore que celle qu’il portait sur son corps.

Il était mort.

Mais Morgrosh était là, parmi ses frères et sœurs du clan. Il respirait et avait guéri.

Car la pierre des esprits en avait décidé ainsi. Il avait été béni par leur puissance et par les esprits.

Les Humains et les Azehils s’affrontaient à la pierre de Ghomaz et le chaman avait annoncé que les esprits voulaient que leur pierre soit protégée.

Il était donc parti sans délai avec l’ensemble de son clan pour la défendre et accomplir la volonté des esprits, car tel était leur devoir.

La bataille fut terrible et d’autres Humains s’étaient ajoutés au chaos total, s’attaquant à tout le monde, tels des fous, pour tenter de détruire la pierre.

Le coup mortel qu’il avait subi l’avait jeté au sol et, dans son dernier souffle, Morgrosh sentit son âme fuir sa chair meurtrie. C’est alors que la pierre pulsa d’une énergie puissante, pleine de force et de fureur. Et la blessure qui l’avait exécutée se referma et la vie revint en lui.

Sa récompense avait été grande, car sa fidélité envers les esprits l’avait-elle aussi été.


Tiré de ses pensées par un coup de coude, Morgrosh vit la main de son frère lui tendre un large morceau de viande, le meilleur morceau. Le repas battait son plein et tous parlaient, criaient et se réjouissaient du festin.

La nuit était tombée et les quelques feux autour d’eux illuminaient l’endroit.

– “Cesse de rêvasser mon frère et mange.”

Morgrosh prit la viande et mordit à pleines dents en observant le clan. Il écoutait alors les diverses conversations autour de lui, quand soudain, une parole l’interpella.

Azgrot parlait à un petit groupe d’Orcs et de Gobelins en bout de table.

– “Ce ne peuvent être les esprits ! Cette pierre est maléfique, je le sens, il ne faut pas lui faire confiance…”

Morgrosh se leva, le regard sombre et colérique, avant de crier à travers l’assemblée.

– “Azgrot, forgeron du clan ! Comment peux-tu insulter les esprits ainsi en doutant de leur puissance ?!”

Un silence de plomb envahit subitement les lieux car Morgrosh était un guerrier reconnu et tous savaient que ses coups étaient puissants et douloureux, tout autant que sa fureur.

– “Et toi Morgrosh ? Comment peux-tu croire un seul instant que cette chose appartient aux esprits ? Elle chuchote dans la tête de tous ceux autour d’elle !”

– “Les esprits nous parlent et toi, tu refuses d’écouter ?!” Hurla le guerrier d’une fureur noire.

Azgrot se leva pour faire face, refusant de se laisser intimider.

– “Tu n’es plus toi-même depuis que tu es revenu d’entre les morts ! On n’avait jamais vu ça avant, les morts restent morts, c’est tout !’

Morgrosh bondit par-dessus la table pour se jeter sur le forgeron. Avec l’élan, il le fit tomber sur le dos et, assis sur le torse de celui-ci, lui assainit de violents coups au visage.

– “Je suis béni par les esprits ! Un miracle se fait et tu refuses de le voir ?! Tu n’es pas digne d’être un Orc !”

Il le frappa encore et encore dans sa colère ne s’arrêtant que lorsque le corps d’Azgrot cessa de tenter de se défendre, inerte au sol et recouvert de sang.

Essoufflé, les mains ensanglantées et le corps éclaboussé de ce liquide encore chaud, le guerrier se releva, avant de se tourner vers l’assemblée silencieuse.

– “Quelqu’un d’autre veut remettre en question les esprits et leurs ordres ?”

Personne ne prononça un mot et seuls quelques “non” de la tête se firent dans la pénombre.

– “Bien. Personne ne doit douter. Pas depuis que les esprits nous gratifient de leur puissance, aujourd’hui plus que jamais !”

Morgrosh put lire sur les visages de son clan l’acceptation de cette vérité. De nombreux Orcs acquiescaient vigoureusement et bruyamment en entendant le discours.

– “Le prochain que je surprends à douter, je le tuerai aussi moi-même.” Conclut-il avant de retourner finir la viande qu’il avait laissée à sa place.

Tous se mirent à acclamer la force du guerrier béni par les esprits et à crier leur allégeance aux esprits… Et à la pierre.


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