Joie et souffrance


Le soleil se couchait à l’horizon, parant le ciel de nuances de rose et d’orange.
Quiconque levant la tête se retrouvait assurément transporté par un subtil mélange artistique subjuguant le plus poète par tant de beauté.

Le vent soufflait d’une légère brise, rendant la température idéale et les arbres étaient fleuris de leur plus beaux atours tandis que le reste de la nature s’épanouissait dans une farandole de couleurs chaudes et apaisantes.

Un peintre s’arrêtant là aurait sans nul doute immortalisé ce paysage des heures durant tandis qu’un philosophe aurait réalisé combien la beauté de la vie et la grandeur de la création sont sans limites.

Et sous ce doux panorama apaisant, tandis que la nature rappelait combien sa beauté était aussi précieuse que fragile, Azrol abattit violemment le tranchant de sa hache sur le crâne d’un frêle soldat humain. Dans un craquement d’os broyés il sourit, constatant qu’une fois de plus, sa maîtrise de l’arme ne s’était point émoussée.

Voila qui le remplit de joie.

Il n’avait pas remarqué le paysage. En réalité, ce n’était pour lui qu’un paysage comme il en avait tant vu. En revanche, il était particulièrement fier de la scène macabre qui s’étendait devant lui et qu’il ne devait qu’à lui seul.

Il s’était toujours vu comme un artiste, cherchant le beau geste de sa hache, la bonne disposition des restes de ses victimes.

Et du point de vue de ses pairs, il l’était, bien que ceci lui valait plus souvent des railleries que des honneurs. Mais il n’en avait cure.

Azrol n’était pas particulièrement impressionnant pour un Orc.

Mais son goût prononcé pour les formes plus que pour le fond rendait son approche du combat atypique pour un Peau-Verte, apportant à la violence du massacre, une certaine dose de spectacle que ses congénères appréciaient malgré tout.

Il appelait cela « la beauté du geste ».


Azrol parcourait le village dévasté tandis que les derniers cris des mourants s’estompaient au rythme des bruits sourds des coups de haches.

Les allées étaient jonchées des corps des malheureux qui vivaient ici, trop faibles pour survivre à la bataille.

– « N’aurons-nous donc jamais d’ennemi à notre hauteur ? » Lança t-il presque triste.

– « Le chef du clan nous avait prévenu qu’il n’y aurait pas résistance ici. » Lui répondit une voix piailleuse et plus aiguë derrière lui.

Il ne tourna pas la tête, devinant à qui appartenait ladite voix.

– « J’ai soif d’un vrai combat. Un combat contre un adversaire qui saura me mettre en danger. Pour prouver ma force. » Répondit-il, tout en observant le décor qui l’entourait.

– « Par delà cette vallée, des armées entières marchent vers nous, Azrol ! Imagine le carnage que cela va être ! » Gloussa Zaris avec un regard dans lequel luisait un mélange de malveillance et d’excitation.

Azrol était songeur. Il avait du mal à y croire, lui qui n’avait rencontré jusqu’à présent que des paysans, des femmes, des enfants et au mieux quelques rares hommes en armes.

Mais Zaris était toujours positif et avait l’habitude de voir le bon coté des choses, surtout quand cela concernait des batailles.

Après tout, les Gobelins ont toujours été des créatures enthousiastes.


Rogg, le chef du groupe hurla et les Peaux-Vertes se préparèrent à retourner dans leur clan.

– « Viens Gobelin, nous partons. » ordonna Azrol.

Zaris était en train d’observer les quelques objets qu’il avait trouvé sur la dernière victime de son camarade, quand soudain une flèche fendit l’air et se planta dans la jambe du cadavre sur lequel il était penché.

Puis immédiatement, plusieurs autres projectiles suivirent, atteignant tantôt une charrette proche, tantôt l’un des rares tonneau qui n’avait pas encore été éventré.

Les sens d’Azrol se réveillèrent instantanément, son instinct de Peau-Verte opérant un réveil brutal et immédiat de sa soif de violence.

– « Des archers ! Des archers ! Les combats recommencent ! »

Zaris hurlait frénétiquement tout en se jetant derrière un muret afin de s’abriter de la pluie mortelle qui s’abattait, décimant les Peaux-Vertes qui n’avaient pas réagi à temps.

Azrol, courbé derrière une charette jeta un œil en direction des tireurs et aperçu une dizaine d’hommes en armes.

– « Enfin… » murmura-t-il pour lui-même.

Il observa autour de lui. Avec sa foulée, en pleine charge, il ne lui faudrait qu’une poignée de secondes pour les atteindre, mais il ferait une trop belle cible pour ces archers…

Il devait trouver le moyen de les atteindre sans risquer de se faire tuer lamentablement sur le chemin.

Lâchant sa hache, il saisit de ses deux mains la rambarde de la charrette qui lui servait de couvert et la tira de toutes ses forces pour l’arracher.

Il ramassa son arme en tenant l’un des arceaux de la rambarde pour s’en faire un long bouclier, puis chargea vers l’ennemi en sommant Zaris de le suivre.

Un projectile se planta dans son épaule tandis que nombre d’autres son bouclier de fortune, néanmoins Azrol continua d’avancer.

Une fois sur ses assaillants, il jeta sa protection contre le premier soldat avec une telle force que ce dernier vola en arrière et traversa le mur de l’une des chaumières, succombant sur le coup.

L’Orc saisit alors sa hache à deux mains et sans ralentir son allure, trancha par la taille le soldat suivant puis en percuta un troisième au plexus, le clouant au sol.

Le reste du groupe de Peaux-Vertes impacta la troupe ennemie et les archers terrifiés cessèrent de tirer pour s’enfuir, se faisant abattre avant d’avoir fait plus de quelques pas.


Les derniers Humains présents dans le village furent mis en pièces rapidement et la tension redescendit, laissant place à une satisfaction générale.

La douleur à l’épaule qu’Azrol ignorait depuis plusieurs minutes devint soudainement intense.

Néanmoins, la souffrance était un petit prix à payer face à la joie et à la satisfaction d’un combat.

Joie et souffrance dans la bataille.

Telle est la vie d’un Orc, telle est la voie de leur peuple.

Prouver à tous qu’ils sont bien les plus grandes et les plus puissantes créations de la nature.


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